Un reportage est paru dans L'illustré. Merci à Marc David pour ce moment sympa.
Tomas Wüthrich/13Photo
La
Fribourgeoise Gaëlle Thalmann (31 ans) dans un but du centre national
d’entraînement de Macolin. L’équipe de Suisse s’y prépare avant
d’embarquer pour l’Eurofoot néerlandais.
Gaëlle Thalmann comme une lionne en cage
L’ambitieuse équipe suisse de football féminin attaque le premier Eurofoot de son histoire dès le 18 juillet, aux Pays-Bas. Avec une attachante gardienne gruérienne dans ses buts. Découverte.
C’était dans les années 90, Gaëlle Thalmann
devait avoir 8 ou 9 ans et son collège bullois distribuait les feuilles
d’inscription pour l’école de football. Le professeur eut alors cette
phrase, mémorable, qui se révéla fondatrice pour la vie et la carrière
de l’actuelle gardienne de l’équipe nationale: «Je vous précise qu’il
s’agit d’inscriptions pour faire du football. Les filles ne sont donc
pas concernées.»
Gaëlle, qui adorait jouer au ballon avec ses
copains, n’apprécia pas du tout. Elle rentra chez elle fort marrie et
très fâchée. Peu après, quand son père, Jacques, commença à entraîner
une équipe de juniors au FC Bulle, elle s’y présenta immédiatement, les
poings serrés et l’envie de réussir décuplée. Le virage suivant, c’est
son paternel qui l’a raconté dans La Liberté: «Un jour, mon
gardien m’annonce qu’il ne veut plus jouer au but. Je demande: qui
voudrait du poste de gardien? A ma grande surprise, Gaëlle lève la main.
C’étaient les vacances de Pâques: j’ai eu trois jours pour l’entraîner
dans le gazon devant la maison. J’ai lancé des ballons de foot, des
balles de tennis, des balles de ping-pong. En tout cas, j’ai vu qu’elle
savait plonger.»
Plonger et s’engager, elle aime. Sous des
dehors réservés, que dément un regard d’acier, Gaëlle a du caractère à
revendre, teinté du dynamisme de sa mère italienne et de l’abnégation de
son père fribourgeois. «Oh, avec le temps, je me suis calmée. Mais je
reste quelqu’un d’expressif. Je m’énerve s’il le faut ou je vibre pour
les actions de mes équipières. Je vis les émotions intensément, sur et
au-dehors d’un terrain.»
Déterminée et globe-trotteuse. En quinze ans de
carrière, elle a aligné un nombre de clubs impressionnant, plus ou
moins exotiques (voir ci-contre). Pourquoi tant d’équipes? «Au début,
j’ai changé parce que je voulais progresser plus vite que les clubs où
je me trouvais. Il y a eu aussi des raisons sportives, parce que je ne
jouais pas assez, ou économiques, parce que je n’étais pas payée. Mais
il n’est jamais facile de changer de ville, de personnes, loin de ma
famille.»
Parmi les étapes les plus marquantes, elle cite
les deux extrêmes. «Potsdam (Allemagne) et Torres (Sardaigne). Les deux
fois, je me suis sentie comme en famille.» Hardie, elle a débarqué en
pleine Allemagne de l’Est en 2008. «Ce fut d’abord dur. Avec un
entraîneur qui vivait comme au temps du mur, sévère mais malgré tout
humain.» Pareil à Torres. «Ma maman, qui vient de la Vénétie, se faisait
du souci pour moi. Elle me trouvait trop carrée pour l’Italie. En fait,
malgré les tracasseries financières, j’ai adoré ce groupe. Ce mode de
vie m’a tranquillisée, m’a fait mûrir. Au final, le foot m’a permis
d’améliorer ma façon d’être avec les autres.»
Dès le 18 juillet, avec une Suisse qui, de
Burgener à Benaglio, entretient une longue tradition de gardiens de fer,
elle sera la portière nationale. Parmi les seize équipes présentes,
elle s’attend à travailler dur face aux adversaires du premier tour,
l’Autriche, l’Islande et la France. «J’espère que nous placerons la
barre plus haut qu’au Mondial 2015, où nous avons été éliminées en
huitièmes. Il y a peu, nous avons battu les deux Corées, des équipes de
pointe. Voilà l’exemple à suivre.»
Quoi qu’il arrive aux Pays-Bas, elle sait que
l’image d’une femme jouant au football s’installera encore davantage.
Avec un jeu plus technique, fertile en feintes, sans le fléau de la
simulation. «Le regard sur les footballeuses correspond au regard sur la
femme. En Italie, par exemple, il existe un vrai retard. Une loi dit
même qu’aucune sportive n’a le droit d’y être pro! On y pose encore des
questions comme: vous jouez sur le même terrain que les hommes? Avec les
mêmes buts?» En Suisse, elle voit l’évolution. L’autre jour, dans un
grand tournoi de juniors, elle a aimé sentir que les footballeurs
étaient heureux de la rencontrer. Question porte-monnaie, rien à voir
avec le football des hommes. «Je vivote, je n’ai pas beaucoup de
réserves. Je ne suis pas dépensière, heureusement.»
Cela dit, peu de footballeurs ont, comme elle, le livre de sociologie philosophique L’amour liquide
sur leur table de nuit et peu détiennent des masters en histoire et en
allemand. Elle aime apprendre, a besoin de stimulation intellectuelle,
s’intéresse aux guerres mondiales et à l’unification des Etats, à des
figures historiques comme le Che ou Mandela. A l’Eurofoot, elle
continuera à rédiger un travail sur l’alimentation, dans le cadre de ses
études de fitness. Ainsi, si le monde du ballon la déçoit, elle se
consolera avec celui des idées, inépuisable.
Source: http://www.illustre.ch/magazine/gaelle-thalmann-comme-une-lionne-en-cage, 14.07.2017.
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