jeudi 15 mai 2014

Article Le Nouvelliste

Le 7 mai, à l'occasion du match contre l'Islande, est paru un article de Johan Tachet dans le Nouvelliste. Ci-dessous, vous pouvez en prendre connaissance:


Le rêve à portée de pied


Depuis une décennie, le football féminin a énormément progressé en Suisse. Aujourd’hui, l’équipe nationale se trouve toute proche d’une première participation à la Coupe du monde. Et ce n’est pas un hasard.


Placées à 20 mètres des buts, les filles s’allument. Au sens propre, comme au figuré. Lara Dickenmann et ses coéquipières fusillent les unes après les autres les deux pauvres portières Gaëlle Thalmann et Stenia Michel. Un contrôle manqué, un tir au-dessus des grillages du stade de Colovray et les taquineries fusent. A deux jours d’une rencontre capitale contre l’Islande dans la course à une qualification historique pour la Coupe du monde, l’ambiance est au beau fixe dans l’équipe de Suisse féminine qui domine son groupe. En cas de victoire demain à Nyon (19 heures) contre les Scandinaves, les joueuses de Martina Voss-Tecklenburg, la Ottmar Hitzfeld féminine, auront fait un pas de géant en vue du Mondial qui se déroulera en juin 2015 au Canada.

Cela représenterait une première pour l’équipe de Suisse qui n’a jamais goûté à un grand tournoi international. Toutefois, si la Nati version féminine se trouve aux portes de ce grand événement, cela n’est aucunement dû au hasard, mais plutôt aux énormes progrès du football féminin helvétique. «Notre évolution a été fulgurante ces deux dernières années », commente la capitaine Caroline Abbé (26 ans) qui porte le tricot «rouge et blanc» depuis près d’une décennie. La joueuse de Freiburg est ainsi une actrice privilégiée de la progression de l’équipe nationale. «Je me souviens qu’à mes débuts en équipe A, les autres nations nous considéraient comme la petite Suisse. Désormais, elles nous regardent différemment. Elles se méfient de nous.»

Toujours plus de mercenaires

Les bons résultats de l’équipe de Suisse attirent également les regards des pays avoisinants sur les joueuses qui la composent. «De nombreux clubs étrangers viennent superviser le championnat de Suisse, car ils savent qu’il y a d’excellents jeunes éléments», poursuit Caroline Abbé. Les mercenaires sont désormais devenues légion. Parmi les 18 joueuses sélectionnées pour cette rencontre décisive, les deux tiers évoluent en Allemagne, en Suède, en France ou encore en Italie. Neuf d’entre elles ont par ailleurs disputé la Ligue des champions féminine cette saison. «L’expérience acquise à l’étranger par la majorité des joueuses se répercute aujourd’hui sur l’équipe nationale», analyse la gardienne Gaëlle Thalmann (28 ans). La Fribourgeoise évolue depuis deux saisons à Torres Calcio en Sardaigne. «Dans ces grands clubs européens, les filles s’entraînent au quotidien et apprennent à se battre car la concurrence est hautement plus rude qu’en Suisse. Ce qui nous rend toutes plus fortes.»

La passion avant l’argent

Ces filles démontrent ainsi que les Suissesses peuvent prétendre vivre leur rêve de footballeuse professionnelle en dehors de nos frontières. Même si les salaires ne sont pas aussi exorbitants que ceux de leurs homologues masculins – les meilleurs clubs versent entre 2500 et 5000 francs mensuels bruts –, les footeuses helvètes profitent pleinement de leur aventure tout en restant modestes. «Evidemment lorsque l’on songe à faire une carrière dans le football, notre motivation est avant tout liée à notre passion et non à notre revenu», continue Gaëlle Thalmann. Sa compatriote Caroline Abbé, qui évolue en Bundesliga depuis trois années, lui emboîte le pas: «Il nous est impossible d’en faire un business. On ne jalouse aucunement les hommes, même si nous aimerions volontiers gagner plus. Le plaisir de jouer prime sur tout le reste.»

Le plaisir et la motivation comme les deux principaux moteurs qui doivent ainsi conduire cette talentueuse et charmante Nati de l’autre côté de l’Atlantique. Avec comme objectif: ancrer davantage dans les moeurs que le football n’est pas uniquement réservé à un seul genre et qu’il peut se pratiquer malgré des ongles vernis et quelques touches de maquillage. «Une qualification pour la Coupe du monde nous donnerait un coup de pouce médiatique important. Nous voulons donner envie aux jeunes filles de pratiquer le football », conclut une Caroline Abbé dont le rêve de porter fièrement le drapeau rouge à croix blanche parmi les meilleures nations du monde est à portée de main. Ou plutôt de pied.


Source: Le Nouvelliste, 07.05.2014, Joahn Tachet



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